Personnage masculin/personnage féminin

Valéry K. Baran

Issue d’une famille d’enseignants en littérature, Valéry K. Baran a baigné depuis l’enfance dans la passion de l’écriture. Après plusieurs années animées par une grande soif d’aventures, elle a finalement renoué avec ce premier amour, livrant aux lecteurs des histoires chargées d’érotisme. Ses récits torrides font cependant toujours la part belle à la romance.

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14 Responses

  1. gossipcoco dit :

    Débat intéressant.

    Très personnellement, je suis globalement de ton avis. Le sexe biologique n’est pas l’unique facteur des réactions d’une personne mais aussi son milieu social, son éducation, le contexte historique dans lequel évolue le ou les personnages. Si le sexe biologique était le seul facteur et dictait quelque chose du genre femme = soumission, homme = domination, que seraient devenues les Simone de Beauvoir, Colette, Olympe de Gouge, Mme de Pompadour, Catherine de Médicis et tant d’autres mais surtout, auraient été connues du grand public de leur action, de leur écrit, de leur combat?

    Dans une oeuvre de fiction, là aussi, on retrouve des héroïnes qui sont loin de la traditionnelle image de la femme princesse qu’on doit sauver. Tu as cité Ripley mais on peut trouver des héroïnes de ce type dans des oeuvres contemporaines ou même dans des contextes passés. Je pense par exemple à Arthémise Iere, commandante en chef de l’armée perse (et personnage principale de 300 : rise of empire) et qui aurait fait exclamer Xerxes « Mes hommes sont devenus des femmes et les femmes sont devenus des hommes ». Plus récemment, on peut penser à la marquise de Merteuil dans les Liaisons dangereuses et à son pendant moderne, dans Sex Intentions. Dans les oeuvres écrites, il me vient à l’idée l’héroîne créée par Lauren K Hamilton, Anita Black.

    Bref, les exemples ne manquent pas.

    • Valéry Kumfu dit :

      Tiens, c’est marrant, je pensais à la marquise de Merteuil, aussi. ^^
      Très bons exemples ! Merci pour ton commentaire. Je m’interrogeais à propos du personnage de Katniss, dans « Hunger games », aussi. Je n’ai pas encore lu le roman mais j’ai entendu parler de ce personnage justement dans ce sens, aussi. Par contre, la Katniss de la saga romanesque serait à différencier de la Katniss des films qui, là, aurait justement été stéréotypée « fille » là où elle ne l’était pas spécialement dans le roman, apparemment.

      • gossipcoco dit :

        Alors, je n’ai ni lu ni vu Hunger Game, je ne peux pas trop me prononcer . (Oui la honte…)

        Sinon, j’y repense maintenant, mais même les mangas regorgent de filles badass : Kusanagi dans Ghost in the Shell, les filles de Claymore, certaines filles dans Naruto (Anko, la nana qui est avec Pain – j’ai zappé son nom)), dans Bleach ou One Piece, les filles dans Tengo Tenge ou Ikkitousen…

        Mais c’est amusant que tu en parles, je suis confrontée à un problème un peu similaire sur une de mes ori et qui me donne à reconsidérer certains traits de mon personnage principal.

        • Valéry Kumfu dit :

          On est deux à avoir la honte, alors. XD
          Oui, la littérature, le cinéma, la BD, les mangas, etc. regorgent de personnages féminins sortant totalement des stéréotypes liés à leur sexe. La conversation sur facebook portait sur la romance, donc j’étais restée sur ce genre mais, effectivement, que l’on soit dans le genre « romance » ou dans tout autre genre, on n’est pas obligé d’avoir des personnages collant à ces stéréotypes (et j’ai envie de dire que, même dans la vie, tout simplement, tout le monde ne colle pas forcément à ça).

  2. jeromedoe dit :

    Pour ma part, les particularismes que j’introduis ne servent qu’à conforter le lecteur. Ils lui permettent de se reposer sur un socle et de se fabriquer l’idée qu’il se veut bien se faire de tel ou tel personnage à partir des imposés sociétaux communément constatés ou de ce qu’il retrouve comme bouée dans son propre vécu.
    Alors en tant qu’auteur, j’estime pouvoir faire ce que je veux de mes personnages et leur donner les traits de caractères que je souhaite même s’ils sont à l’opposé que ce qu’attendent les gens. Au contraire, cela peut même participer au suspens et prendre le lecteur par surprise.

    • Valéry Kumfu dit :

      Ça dépend des histoires, en effet. Ça dépend aussi de la sensibilité des auteurs, pourquoi pas de leur volonté… Ça peut être très varié. 🙂
      Perso, j’avoue avoir du mal à écrire des personnages féminins « forts ». Ça me demande un effort à faire sur moi-même, primo parce que, comme tout le monde, je suis influencée par les représentations communes, deuxio parce que j’ai du mal, de toute façon, à écrire les personnages féminins parce que j’ai toujours peur de m’y projeter (et que je ne le veux pas), problème que je n’ai pas avec les persos masculins (ce qui, d’une certaine manière, est débile, mais ça ne se contrôle pas).
      Ceci-dit, je n’exclue pas d’écrire un jour un roman avec un personnage principal masculin dont je changerais derrière le sexe pour en faire une réécriture en prenant en compte ce changement. J’ai déjà fait l’exercice avec une nouvelle et c’était intéressant, et ça m’a fait évoluer par rapport à mon approche des personnages, en tout cas. Mais bon, après, c’est un problème personnel, hein ? Il y a des gens qui savent sans souci écrire des persos féminins forts, d’autres qui s’en fichent complètement… Chacun sa façon de considérer ce sujet. ^^

  3. Anne Rossi dit :

    Je suis globalement d’accord, à une réserve près: le monde dans lequel vivent les personnages n’est pas anodin. Pour moi qui écrit de l’historique, il est clair qu’à certaines époques, les femmes ne pouvaient pas accéder à certaines fonctions (voir n’étaient pas considérées comme des personnes…) donc oui, le sexe du personnage a quand même une grosse influence sur ce qui va être possible ou pas (tout comme d’ailleurs le fait d’avoir des penchants interdits par l’Eglise…)

    • Valéry Kumfu dit :

      Oui, je l’ai peut-être mal exprimé mais on est d’accord à ce sujet (l’exemple que je donnais avec la princesse et le chevalier allait dans ce sens, pour moi).
      Pour préciser peut-être mieux, je dirais qu’entre l’extrême disant qu’il est absolument impossible qu’un homme et qu’une femme puissent réagir/agir de la même manière et l’autre extrême disant que le sexe d’un personnage n’a jamais aucune influence sur son vécu, il y a une marge. Et que, selon les cas, tout est possible, à l’intérieur de cette marge. ^^

  4. Antha dit :

    Ce qui me fait dire qu’une femme et un homme ne sont pas (systématiquement) interchangeables c’est le fait qu’au delà du sexe, nous sommes le résultat d’une éducation, de stéréotypes induis par la société, l’école, la famille.

    Je suis féministe et profondément partisane de l’égalité, mais égalité n’est pas identité. Nous sommes égaux mais pas identique. Donc dire qu’un perso doux, aimant, rassurant, maternel (j’emplois ce mot à dessein) est forcément féminin, bien sûr que c’est du stéréotype. Mais nier qu’une femme réagit en prenant en compte l’entièreté de son éducation et de son passif, comme un homme le fait, c’est penser que nous sommes identiques. A une situation donnée, mon frère et moi ne réagissons pas de la même manière, pourtant nous avons eut la même éducation. Mais nos regard sont biaisés par notre évolution et ce que le monde voit et pense de nous, qui fait partis de notre construction.

    Je suis l’égale d’un homme, je ne suis pas un homme. A ce titre, je revendique le fait de réagir différemment. Un personnage contruit comme un homme qui devient une femme, ça peut fonctionner dans une histoire ou les émotions, les sentiments ne sont pas importants (SF, polar…) mais pas dans une histoire romantique, au risque de provoquer des réactions du genre « ce personnage est une vrai gonzesse/bonhomme ». Un exemple ? Sentiments scellés, BA Strecke. Son personnage William pourrait être une femme. Ca n’est pas mal, c’est simplement inadapté au roman.

    • Valéry Kumfu dit :

      Coucou, Antha !
      Merci pour le développement de ton avis. ^^
      Je comprends très bien ce que tu veux dire et, effectivement, on ne peut pas nier toute l’influence et de notre éducation, et de notre milieu, et des stéréotypes auxquels on est exposé, etc. Mais je pense tout de même qu’il n’y a pas forcément une manière « féminine » de réagir à une situation et une manière « masculine », faisant qu’un homme et une femme ne pourraient jamais y réagir de la même manière. Lorsque ton frère et toi ne réagissez pas de la même manière à une situation, peut-être qu’une autre femme pourrait réagir de la même manière que ton frère et qu’un autre homme pourrait réagir de la même manière que toi, par exemple.
      Sur le sujet de la relation amoureuse, je ne vois pas toujours les réactions des personnes m’entourant comme « masculines » ou « féminines » (en fait, je les vois même rarement ainsi) : ce sont des réactions qui leur sont personnelles, qui sont en rapport avec leur personnalité, leur vécu, leur éducation, etc., certes, mais qui ne sont pas « témoin » d’un sexe en particulier, ou pas toujours « témoin » de leur sexe, en tout cas : un homme et une femme peuvent réagir de la même manière à une même situation, comme ils peuvent réagir de manière différente, comme deux femmes peuvent réagir de manière différente, deux hommes aussi, etc. 🙂

      • Anne dit :

        Oui, mais là tu ne prends en compte que la personne et pas le contexte social. Pour prendre un exemple: je déteste le foot (désolée pour les fans) ; c’est aussi le cas de mon père. Sauf que, si nous annonçons tous les deux notre opinion, il est probable que nous n’allons pas nous attirer le même genre de réponse. Dans mon cas, il y a des chances pour qu’on me réponde « normal, t’es une fille » (ah ah) alors que dans le cas de mon père, on va le regarder bizarrement genre « ah ouais t’es pas très viril comme mec, en fait » (ça dépend aussi du milieu, mais bon, c’est l’idée générale). Donc on est d’accord que le sentiment de base (aimer le foot ou non) ne dépend pas du sexe, par contre les interactions qu’aura ton personnages avec les autres par rapport à ce sentiment vont partiellement dépendre de son sexe ou plutôt, de la construction sociale autour de celui-ci.

  5. Valéry Kumfu dit :

    C’est clair qu’un changement de sexe d’un personnage passe forcément par une réécriture : on ne peut pas se contenter de mettre « elle » à la place d' »il » et inversement. Et, effectivement, oui, il y a des cas où le contexte social va faire que les réactions vont changer, mais aussi d’autres qui ne vont voir aucun changement (ça dépend des cas).
    Pour donner un exemple, je viens de regarder un film dans lequel il y a une histoire d’amour et, du fait de ce débat, je me suis demandée si les personnages masculin et féminins seraient interchangeables et la réponse est : oui, totalement. Ce ne serait probablement pas le cas dans tous les films, mais là, c’est le cas et sans soucis, même au niveau de leur entourage, donc je ne dis pas que c’est toujours possible, mais je dis que ce n’est pas « toujours impossible », tout simplement. ^^

  6. alaiya dit :

    L’article est très intéressant et que je pense qu’au global, en effet, le changement de sexe des protagonistes ne devrait pas fondamentalement révolutionner les choses sur la globalité. De fait, l’exercice peut être assez instructif.

    Néanmoins, et si je puis me permettre, l’exercice permettrait véritablement de conclure si, en plus de changer le sexe des personnages, on changeait également le sexe de l’écrivain. Parce qu’en l’occurrence, on parle d’auteurs femmes qui se livrent à cette expérience. Et à mon sens, le « conditionnement sociétal » s’applique aussi (et surtout peut-être) aux auteurs en fin de compte. Alors, là où vraiment on pourrait en tirer quelque chose, ce serait de donner à un homme un texte écrit par une femme, et de lui demander de changer les genres physiques des personnages. Le laisser bosser. Et regarder le résultat.

    Je peux me tromper, mais j’ai tendance à penser que les choses pourraient être bien plus différentes in fine.

    • Valéry Kumfu dit :

      Ça pourrait faire l’objet d’un défi super intéressant ! 🙂
      Et faire l’inverse avec : prendre un texte écrit par un homme et demander à une femme de changer les sexes des personnages et voir ce que ça donne. ^^

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