Pourquoi le nanowrimo, ce n’est vraiment pas pour moi ? (et ma méthode d’écriture)

Par Valéry K. Baran.

Amis non-nanoteurs et nanoteurs, bonjour !

Comme vous l’aurez constaté, ma co-auteur de blog, Hope, est à fond dans le nano (et elle assure !).

Moi… que dalle. Et mes précédents échecs dans cette grande aventure qui n’a jamais rien donné d’intéressant pour moi m’ont clairement dissuadée de recommencer. Donc voici un petit billet d’humeur à ce sujet !

Pourquoi le nanowrimo, ce n’est vraiment pas pour moi ?

J’ai envie de dire d’emblée parce que j’ai trois enfants en bas-âge (oui, le dernier a un an et le plus grand six, ça donne une idée) et que je travaille (certes, à mi-temps mais quand même), mais… certains parviennent à faire le nano avec ça quand même, ou avec d’autres contraintes, donc ce n’est pas tout.

Pourquoi, alors ?

Juste parce que ça ne me convient absolument pas en tant qu’auteure.

Des exemples ? En ce moment, je suis sur une nouvelle. J’ai bloqué trois jours (oui oui, trois) sur une intro de scène pour parvenir à me décider quant au point de vue du personnage duquel me placer pour écrire la scène. Alors, trois jours, ça correspond en réalité à très peu de temps d’écriture (cause enfants, travail, mec, famille, amis, obligations, et tout ce qui est de la vie) et plus à beaucoup de temps de réflexion, mais quand même ! Et impossible pour moi de poursuivre sur un point de vue qui n’est pas le bon sinon il m’aurait manqué des éléments primordiaux : on n’écrit pas du tout une scène de la même manière selon le point de vue duquel on se place, les informations apportées ne sont pas les mêmes (quid de ce qu’il se passe dans la tête de l’autre personnage, quand/comment ces informations seront-elles apportées…), etc.

Autre exemple ? Ca y est, j’ai résolu ce problème et je sens que mon choix de point de vue est le bon. J’en suis contente, en tout cas, et la scène est écrite. On va écrire la suite, donc ? Eh bien non ! En relisant cette scène, il est évident, pour moi, qu’elle est à retravailler : toute la séquence des différents événements est là, mais il manque un élément primordial. Cette scène décrit un moment de glissement : celui faisant passer les personnages d’une relation ayant une ambiguïté présente mais légère à un acte sexuel, et en plus un acte sexuel particulier puisque ça se passe entre, d’un côté, la distance d’un appareil photo et une situation professionnelle qui dérape, et de l’autre, une progressivité dans le don corporel au désir de l’autre qui arrive à un acte d’onanisme. Ça ne se fait pas facilement ! Et ce glissement n’est pas assez bien écrit, pour moi : il manque une progressivité, il faut ajouter des pensées des personnages, du ressenti, faire mieux sentir le moment où la situation bascule… Et comment pourrais-je écrire la suite si la manière dont les personnages basculent dans cette autre situation n’est pas claire, si ce qu’ils pensent n’est pas défini précisément, ce qu’ils ressentent, ce que ça leur provoque ?… Je ne peux juste PAS écrire la suite parce que tout découle de ça et que, si je le ne définis pas ultra précisément, il me manque l’élément le plus important de ce qui va les faire progresser.

Voilà pour les exemples mais, lorsque j’écris, c’est comme ça tout le temps.

A ça, on pourra objecter que, ouais, mais je n’ai qu’à faire un plan, des fiches de personnages… Mais j’ai essayé et ce n’était jamais suffisant : je fais sans cesse évoluer mes personnages quand je les écris. Je ne peux pas les laisser dans une case que j’aurais définie : c’est les écrire qui me les fait connaître réellement, c’est en mettant à l’écrit les scènes que je vois quelles sont leurs réactions justes, que j’approfondis leurs personnalités, qu’ils se mettent vraiment à vivre… Tous les essais de plan ultra précis et de fiches de personnages, pour moi, ont été des échecs cuisants, et j’ai à chaque fois tout bazardé pour ne plus garder que quelques grandes lignes et des idées générales. C’est bien simple : je fais dans l’écriture ce que d’autres font  en plans et en fiches de personnages. Je sais toujours ce que j’écris, même si de manière non ultra précise, mais seul le passage à l’écrit me permet de voir ce qui est juste, ce qui est bon, vraiment. Il y a ce regard extrêmement précis que je ne peux pas avoir avant d’être passé à l’écrit, et qui conditionne la manière dont je vais écrire la suite.

Bref, en pratique, j’ai donc tenté le nano deux fois, ça a été deux énormes échecs, et pourtant j’en ai écrit, des pages ! J’ai un roman sur lequel j’ai 40 pages de nano… Ce n’est pas rien ! Eh bien elles sont toutes à jeter. Rien de ce que j’ai écrit lors de mes expériences de nano ne sera jamais repris dans mes textes publiés, tout simplement parce que, à vouloir avancer trop vite, je n’ai pas pu prendre le temps dont, moi, j’ai besoin, pour avancer de la bonne manière et dans la bonne direction. A la rigueur, je peux reprendre quelques idées, quelques descriptions, et puis basta : au retravail du texte, ça sera modifié cent fois, de toute façon, et essayer de les insérer me donnera juste plus de boulot qu’en écrire de nouvelles.

Donc voilà pour mon expérience personnelle (et ma méthode d’écriture aussi, du coup ^^). Tiens, pour la curiosité, je l’ai même baptisée : la technique du petit ver, parce que, pour pouvoir avancer, il doit d’abord ramener les fesses, vous voyez ? Eh bien c’est exactement ce que je dois faire pour pouvoir avancer dans l’écriture : que tout soit nickel en amont avant de pouvoir aller plus loin.

Bon courage à tous les nanoteurs, je vous admire. Écrivez bien, avancez bien et, surtout, faîtes-en quelque chose de géant. 🙂

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12 Commentaires

  1. fjudy

    Bien que mon expérience avec le nano a été plutôt positive en ce qui me concerne.
    Je suis rassurée de voir que je ne suis pas la seule à avoir plan général dans la tête et à avoir renoncé aux fiches de personnages. Parfois d’une scène que je ne comptais pas écrire au
    départ peut naitre un petite intrigue secondaire sympa, et puis mes personnages je les connais déjà bien assez, je préfère réfléchir aux conséquences de certains traits de caractère et de physique. Par exemple, j’ai créé un perso féminin extrêmement belle, du coup son intelligence est dans la moyenne ( pour éviter le cliché belle et bête, ou l’autre belle et intelligente ), enfin je me suis posé la question de comment sa beauté influençait ses relations avec les autres, les autres femmes et les hommes, la beauté est un atout parfois, mais est aussi un sacré handicap. Bref j’en ai pas fini avec elle, parce que finalement en partant d’un truc hyper banal et stéréotypé (qui n’a pas vu dans un roman une femme très belle), je construis toute une psychologie autour.
    Sinon à part les conseils généraux en écriture qui se basent sur la technique propre, répétitions, adverbes, verbes faibles, etc… Je me suis aperçue que le reste était plutôt des témoignages plutôt que de réels conseils, puisque chacun a son propre processus créatif.

    • Oui, puis, parfois, c’est en écrivant qu’on se rend compte qu’on est tombé dans un cliché et, parfois aussi (enfin, souvent, pour moi), c’est en écrivant qu’on se rend compte de ce qui fonctionne ou pas. 🙂
      Après, le nano, comme le fait ma co-auteur de blog, soit Opelleam, c’est à dire sur une fiction déjà plus qu’avancée, dont plus de la moitié est écrite, les personnages bien définis, la suite bien claire, c’est surement déjà moins difficile : parce que la base est déjà solide. C’est cool de voir que pour toi aussi ça marche. ^^
      Et oui, en matière de méthode d’écriture, le seul article qui m’ait vraiment convaincu, jusque-là c’est celui de Cindy Van Wilder, ici : https://cindyvanwilder.wordpress.com/2014/06/10/suivre-son-instinct-et-autres-reflexions-sur-lecriture/ Sinon, je suis comme toi et elle : réfractaire à toutes les méthodes d’écriture toutes faites.

      • fjudy

        Un des meilleurs conseils que j’ai lu et qui m’a aidé à me lancer vraiment, puisque j’ai toujours voulu écrire, sans oser le faire. C’est de J. K. Rowling : « écrivez. »

  2. Question bête… Qu’est-ce que le nano ?

  3. « c’est les écrire qui me les fait connaître réellement » : Tout pareil. Impossible pour moi de faire un plan, des fiches. Ce sont mes personnages qui me guident dans le récit.

    Tu écris totalement de façon linéaire ? Depuis tes débuts ?
    Pour ma part, seuls mes trois derniers romans suivent cette progression, je travaillais de façon différente, avant (https://oliviabillingtonofficial.wordpress.com/2014/10/12/quecris-tu-pour-le-moment/ ) (:P on va se renvoyer des liens pour tout raconter). Même si, pour l’un d’eux, j’ai eu une idée subite de la toute dernière page, il m’a fallu l’écrire avant d’avoir terminé le roman (mais j’étais presque à la fin).

    Concernant le Nano, tu as testé, tu sais que ce n’est pas pour toi. Je considère que le défi a été relevé, d’une certaine manière.

    • Oui, je suis incapable de faire comme certains auteurs le disent, parfois : d’écrire une scène à l’avance et de combler les trous ensuite. Ou alors, quand une scène me brule trop les doigts, je pose juste quelques éléments vite fait, pour me souvenir des dialogues, des éléments précis mais, de toute façon, quand j’y arrive, les choses ont déjà évolué et cette précision-là ne me semble plus forcément pertinente : d’autres phrases ou détails s’imposent, même si la trame reste identique. Seul cas où je peux écrire en ayant déjà des passages à l’avance : ces cas de pages écrites-jetées dans lesquelles, parfois, je re-pioche parce que les événements m’emmènent à un passage similaire, mais ils finissent de toute façon par être tellement modifiés qu’à l’arrivée, s’il y a une dizaine de mots conservés, ça doit bien être un max, donc bon. xD
      Je vais lire ton article ! (et avec plaisir : c’est très sympa cette conversation ^_^).

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