Par Valéry K. Baran.

Chez Harlequin, on ne décide pas de la couverture que l’on va avoir. Et pour cause : ça fait partie des éléments faits pour donner envie de lire nos écrits et c’est le travail de l’éditeur.

Lorsque j’ai découvert la couverture d’Un corps qui danse, ça m’a beaucoup amusée, pourtant, parce qu’elle met en valeur un élément qui résonne d’une manière particulière, pour moi…

La bouche !

Je m’explique. Avec E.L. James, on a été à même école. On a toutes deux écrit de la fanfiction à la même époque, bien qu’en s’appuyant sur des œuvres différentes, et on a toutes deux écrit du BDSM exactement à cette même époque. Je pense que nos influences ont dû, à un moment donné, se croiser. J’avais lu des auteurs anglophones absolument géniales dont la formidable Ivvymoon dont je vous recommanderais avec énormément de joie les fictions si elle ne les avait pas toutes supprimées du net (arg ! Je garde toujours l’espoir qu’elle ait continué à écrire, peut-être sous un autre pseudo, peut-être dans l’édition…), mais il y avait vraiment une vague de BDSM à cette époque du côté anglophone. Ce sont ces lectures qui m’avaient donné envie d’écrire L’initiation de Claire et, en découvrant l’existence et l’histoire de Fifty Shades of Grey, j’ai toujours pensé que nos influences avaient pu se croiser : même si E.L. James a écrit en suivant l’influence d’autres fanfictions que celles que j’ai lues, je ne pense pas qu’il y ait eu un hasard dans le fait que cette vague se soit produite au même moment et il a dû y avoir des références croisées, même si notre traitement du sujet a différé derrière.

Bref,

En relisant Un corps qui danse, j’ai bloqué à un moment donné sur un élément : j’avais écrit :

« Elle se mordilla les lèvres, tripotant les réglages de son téléobjectif. »

Je me suis dit : « Mince, j’ai fait comme E.L. James ! » . Je veux dire… J’ai toujours écrit des personnages se mordillant les lèvres ! Pas avec la fréquence avec laquelle E.L. James l’a fait, bien sûr, mais c’est un élément que l’on doit pouvoir retrouver dans un certain nombre de mes histoires précédemment écrites. Parfois, c’est juste les dents qui passent sur la lèvre inférieure dans un moment d’hésitation, parfois c’est un mordillement… Ça fait partie des éléments que j’utilise, comme les yeux qui se lèvent au ciel, les paupières qui se ferment, le visage qui se détourne… Je ne compterai pas le nombre d’histoires dans lesquelles l’un de mes personnages a le visage qui se détourne, par exemple, mais ça doit être fréquent. Mais là, bêtement, parce qu’E.L. James a rendu cet élément cliché, ça m’a interrogée. Je me suis dit : « Mince, j’ai écrit un cliché » , et il y a vraiment cette notion de « cliché » qui m’est passée dans la tête, au point que je me suis même demandée si je devais l’enlever. Et puis, derrière, je me suis dit que, ben non ! C’était quelque chose que j’écrivais avant qu’E.L. James en use avec la répétition que l’on connait, et que ce n’était pas parce qu’elle avait ça que je devais me priver de pouvoir encore l’utiliser. Je n’avais pas envie de supprimer cet élément de mon texte juste pour ça. Et je l’ai donc gardé.

Et, lorsque j’ai vu la couverture d’Un corps qui danse, ça m’a fait sourire, parce qu’il y a cet élément central qui, pour moi, traduit vraiment le mélange d’hésitation et de désir que vit mon personnage principal féminin et qui, pour ceux qui n’ont pas encore lu l’histoire, rappelle probablement cet élément caractéristique de la saga d’E.L. James, et que le parallèle m’a amusée.

Et ça m’a plu aussi parce que je l’ai vu comme une confirmation du fait que j’avais bien fait de garder ce passage. Il intervient dans l’une des scènes que je préfère de cette nouvelle et celle, centrale, pour laquelle j’ai écrit cette histoire. Alors, que mes éditrices aient pu le choisir pour illustrer mon texte m’a confortée dans le fait d’avoir fait le bon choix.