Du second personnage « mystère » de la romance…

Par Valéry K. Baran.

Ou point de vue unique VS point de vue alterné

Je ne sais pas si ça se sent dans mes écrits, mais je ne suis encore pas tout à fait à l’aise avec le point de vue alterné. Je m’y suis essayé dans Un corps qui danse pour la première fois réellement. Jusque-là, j’écrivais soit des points de vue oscillant entre l’unique et l’omniscient (la quasi totalité de mes fanfictions), soit le point de vue unique. Ma première réelle entrée dans le point de vue alterné s’est faite avec L’initiation de Claire mais grâce à mon éditrice qui m’a aidé à retravailler mon texte correctement en ce sens.

Et je ne suis pas non plus encore bien coutumière de ce mode d’écriture en tant que lectrice : je ne le connaissais pas avant de lire de la romance (et je ne suis pas une lectrice de romance à la base : à la base, je suis une lectrice d’érotique mais qui a un cœur d’artichaut, d’où la présence systématique des rapports amoureux dans mes histoires. Je me suis donc mise sur le tard à en lire). J’ai même tiqué la première fois que je suis tombée sur un point de vue alterné et, aujourd’hui encore, je ne saurais dire si c’est quelque chose que j’aime vraiment ou non. J’ai lu des bouquins géniaux écrits ainsi, que j’ai absolument adorés, et j’en ai lus dans lesquels j’ai eu le sentiment qu’on m’en donnait trop, et qu’on gâchait la part de mystère que j’aurais aimé voir conservée chez les personnages.

Ceci-dit, le point de vue unique en romance n’est pas quelque chose de facile à faire non plus… Du tout, même ! Soit vous avez des personnages qui se lâchent en grandes confessions/déclarations et là ça peut aller car les lectrices auront un accès clair au ressenti de ce ou ces autres personnages, soit vous aimez, comme moi, que les sentiments des personnages se voient plus dans leurs actes et leurs gestes que dans leurs paroles et c’est un petit jeu d’équilibriste pour parvenir à faire comprendre leurs ressentis, tout en gardant une part de mystère suffisante jusqu’à la fin, mais sans non plus laisser trop la lectrice dans le flou …(au jeu des fléchettes, on vise le double centre !).

Bref. Dernièrement, j’ai donc été super, mais super contente, de la manière dont a été compris le personnage de Damien dans A un stade du plaisir.

Franchement, Damien est un personnage qui parle peu… Très peu, même. Il ne doit pas y avoir de phrase de sa part qui comporte plus de 10 mots, ou quasi. La plupart de ses phrases sont des questions ou des demi-phrases et il est très très discret sur ce qu’il éprouve… Et, pourtant, à ce jour, non seulement je n’ai eu absolument aucune lectrice ou aucun lecteur qui m’ait exprimé le fait qu’il n’avait pas compris ce personnage, mais tout le monde l’a même compris à la perfection ! Je veux dire, juste… wow.

Je livre quelques extraits d’avis que j’ai lus, pour donner une idée :

Et que dire de Damien ? Lui aussi est secret, très émouvant et aussi bien réussi que son compagnon. J’ai aimé sa discrétion, son côté brut et franc, sa façon de gérer les émotions de Josh.

Damien, à l’opposé, doux, calme, pondéré, tout en douceur et retenue, Damien pour lequel on se demande jusqu’à la fin son sentiment, sa vérité, car même si l’on ressent son attirance pour Josh, il ne le bouscule pas, il le laisse évoluer à sa manière, à sa vitesse.

Damien a cette force de caractère et cette quiétude en lui qui permet à la fois de pousser Josh dans ces retranchements tout en parvenant à tempérer son fort caractère et affronter sa haine de lui même. C’est un jeune homme posé qui assume pleinement qui il est tout en parvenant à jouer au rugby.

Et parallèlement nous avons Damien, qui n’a jamais caché qui il était, qui montre assurance et combativité, qui certes se prend quelques insultes insidieuses au quotidien mais qui a décidé d’y faire face et de passer outre.

J’ai trouvé le personnage de Damien tellement désespéré et pudique que j’ai adoré… bien plus qu’à Josh, étrangement. Peut-être parce qu’on doit plus deviner qu’on ne nous livre et j’ai aimé ça

Quand je lis des analyses comme ça de ce personnage, je suis totalement épatée ! Ça ramène à l’une des raisons pour laquelle j’aime que ce qu’éprouvent les personnages passent par la compréhension du lecteur et non pas le « dit » (cf mon article sur le Show don’t tell) : parce que c’est quand on fait appel à son propre ressenti pour éprouver celui du personnage qu’il devient alors réellement vivant. Et, pour ça, il ne faut pas que tout soit donné au lecteur : il faut qu’il puisse s’approprier lui-même le personnage et donc qu’il reste une part un peu « mystérieuse », qui nécessite de le comprendre. Et… Ce n’est pas évident (du tout !) de trouver cette alchimie-là (eh oui, le boulot de l’auteur, quoi) : celle tout juste entre le mystère et la compréhension, entre le non-dit et le montré. Concernant Damien, je me demande si le fait que j’ai voulu d’emblée aborder avec lui et Josh deux manières opposées d’appréhender son homosexualité dans un milieu très macho, a aidé à sa caractérisation. Parce qu’on est dans le déni et le rejet de soi-même pour Josh, et dans le fait d’assumer tout en restant discret pour Damien. Peut-être que le fait d’avoir des personnages présentant des faces très différentes, ainsi, aident à les identifier individuellement, même pour le personnage « mystérieux ». Je ne sais pas… (ou peut-être que je suis devenue trop forte à ce jeu, maintenant ! Allez hop, on ferme les yeux, on se met sur un pied, et on lance quand même la fléchette au centre de la cible ! xD).

Bref. Actuellement, je suis sur une histoire en point de vue alterné mais celui-ci se justifie, parce que ce qui se joue entre les personnages est particulier et qu’il est important de comprendre, pour chacun, ce qu’il cherche dans ce jeu-là, et que le mystère est autre que centré sur un personnage précis. Mais, d’un autre côté, j’ai par exemple terminé récemment une histoire écrite intégralement en point de vue unique, mais je l’aurais bien développée plus amplement encore… Je serais bien restée encore avec les personnages, en fait, et la retravailler secondairement en intégrant le point de vue du deuxième personnage ne me déplairait pas (il faudra que j’en parle à mon éditrice, d’ailleurs). En tout cas, je ne peux pas dire que j’ai des certitudes ou des vérités à énoncer sur ces deux modes d’écriture (pas que j’en aie beaucoup sur le reste mais j’ai quand même des idées nettes sur plusieurs éléments ayant trait à l’écriture, que ce soit par goût personnel ou par expérience à force d’écrire).

Pour l’instant, je suis encore dans l’essai et la recherche personnelle à ce sujet (en même temps, si je n’avais plus rien à essayer d’apprivoiser dans l’écriture, je cesserai d’écrire : ça ne serait plus drôle).

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Un soir comme un autre

  1. J’utilise les deux, et je ne me pose pas la question en fait, c’est selon ce que j’ai envie de raconter ou de dire. En fait pour ça, je me fais plaisir, sans me poser de question. (Pas comme le mode de narration, ou j’ai un vrai souci pour choisir^^).

    • Ça te vient donc naturellement ?
      C’est peut-être naïf de ma part mais j’aurais tendance à penser qu’il y a… peut-être pas une mais un nombre restreint de manières meilleures que d’autres d’aborder une histoire. Un peu comme l’artiste Björk qui fait près de 100 versions d’un même morceau avant d’en choisir une : sur les 100, toutes ne sont certainement pas moins bonnes que celle qu’elle choisit à la fin mais certaines le sont sans doute et d’autres expriment probablement autre chose que ce qu’elle veut exprimer. J’aurais tendance à penser que c’est pareil dans l’écriture : que, lorsqu’on hésite entre deux abords, il y en a un qui est meilleur que l’autre, ou qui correspond plus à ce que l’on veut faire. Mais, concernant le point de vue unique ou alterné, je ne suis pas encore assez à l’aise avec le deuxième pour pouvoir faire facilement un choix… A retenir pour faire le bilan dans un an ! Je dirai probablement autre chose. (j’espère ! 🙂 )

      • Oui je pense que ça vient naturellement, pour ce qui est publié c’est de la chick-lit, donc c’est un point de vue unique là je ne me suis même pas posé la question parce que le personnage passe en premier. Pour d’autres textes où j’ai un point de vue alterné, c’est parce que l’événement est je trouve plus intéressant à donner d’un point de vue d’un personnage et que ce qu’il ressent est plus important que ce que ressent l’autre, et si je veux donner les deux, j’utilise la rétrospective ou l’autre personnage pense à ce qu’il s’est passé (brièvement, je ne raconte pas la même chose deux fois non plus^^). Parfois aussi parce que j’ai imaginé la scène par ses yeux à lui, ou que l’autre personnage est absent. Après j’ai lu énormément de romance et de roman type Harlequin, ce qui explique peut-être cela. Maintenant je t’avoue que sur ma série en cours chez Laska, il va y avoir du MM, et du coup j’ai envie de donner le point de vue des deux hommes et je suis bien ennuyée, parce qu’il n’en faut qu’un. 😉

        • Ah oui, effectivement, avec la chick-lit, comme c’est codifié « narration unique à la première personne du singulier », ça simplifie ! Pour ton MM, je te dirais de rester dans ce code : les chick-lits en MM sont rarissimes, donc ça vaut le coup d’en faire en conservant justement les codes : c’est là qu’est l’originalité, justement. 🙂

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