La dernière phrase d’un roman, en romance

Par Valéry K. Baran

Alors que je mets le point final à L’initiation de Claire (Oui, vous pourrez bientôt l’avoir dans vos mains à vous !!!), je m’interroge sur la dernière phrase.

Je ne sais pas ce que vous en pensez mais je trouve que, en romance, c’est juste une horreur à faire ! C’est dur !!! Enfin… tout dépend ce que l’on veut faire. Du cliché/interchangeable avec n’importe quel autre bouquin, alors ça, je peux vous en faire 50 à la minutes : « Alors, ils se regardèrent, et ils surent que les jours à venir seraient plus beaux que les rêves… » ; « Embrasse-moi, dit-il. Elle se pencha et elle se perdit dans le contact de ses lèvres. »… Il suffit de sortir n’importe quelle phrase qui veut dire, en substance : la suite sera belle et pleine d’amour, et c’est réglé. Mais justement, c’est là que c’est un problème ! La dernière phrase d’un roman est celle sur laquelle le lecteur va finir sa lecture ; c’est d’elle dont il va avoir la toute dernière impression de son roman. Elle ne devrait pas être ainsi interchangeable. Elle devrait avoir du sens, vraiment, par rapport à l’histoire qui vient d’être racontée.

Pour moi, en tant qu’autrice, cette dernière phrase, c’est toujours l’enfer. Autant, mes premières phrases, je me régale. Autant les dernières…

Du coup, j’ai eu la curiosité d’ouvrir plusieurs romans que j’aime vraiment très fort, au hasard dans ma bibliothèque. Et de voir quelles étaient leurs phrases de fin.

Alors direct : je ne vous cite pas celle de Pour qui sonne le glas, parce que si on me demande quelle est la dernière phrase d’un livre la plus extraordinaire que j’ai pu lire de tous temps, c’est celle-ci, et je doute qu’un autre livre puisse un jour la détrôner (et je n’ai donc pas envie de vous la dire !). Mais voyons pour les autres :

  • Le petit prince : « Et aucune grande personne ne comprendra jamais que ça a tant d’importance ! »Résultat de recherche d'images pour "le petit prince"
  • Candide : « — Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. »
  • Au bonheur des ogres : « J’ai décroché mon téléphone et j’ai appelé la reine Zabo. »
  • Blade Runner : « Alors, comme elle se sentait mieux, elle se servit enfin une tasse de café noir bien chaud. »
  • 99 francs : « Bienvenue dans un monde meilleur. »
  • Harry Potter : « Il y avait dix-neuf ans que la cicatrice d’Harry avait cessé de lui faire mal. Tout était bien. »
  • L’attentat : « On peut tout te prendre ; tes biens, tes plus belles années, l’ensemble de tes joies, et l’ensemble de tes mérites, jusqu’à ta dernière chemise – il te restera toujours les rêves pour réinventer le monde que l’on t’a confisqué. »

Bon. Ce que je constate, déjà, c’est qu’aucune de ces phrases n’est interchangeable avec les autres, à part peut-être la toute dernière de Harry Potter (le « Tout était bien »). Ensuite, toutes ces fins racontent « quelque chose » : on sent qu’on est dans une histoire. Et elles se rapportent au contenu du livre : ce sont des leçons de philosophie pour les bouquins au contenu philosophique, des échos aux premières phrases ou notions abordées dans le roman, des pointes ironiques pour les dystopies ou satyres… Ça peut d’ailleurs donner envie de lire ces romans.

Voyons ce qu’il se passe en romance, maintenant. Là aussi, je n’ai choisi que des romances que j’avais beaucoup aimées :

  • Le secret : « Nous n’avions plus besoin de parler. »Résultat de recherche d'images pour "Actes aléatoires de démence"
  • Actes aléatoires de démence : « — Vous savez quoi, les mecs ? Il est temps pour moi de commettre mon acte aléatoire de démence. »
  • Brute : « — … nous aurons toute la vie pour faire des projets. »
  • Dangereusement heureux : « — Tu ne vas pas m’embrasser ? Ce lumineux sourire. — Seigneur ! Oui. »
  • Croque-Monsieur/De plume et de sang : « Il n’y aura même pas de manœuvre à faire, on peut tout de suite aller de l’avant. »
  • Je brille mais ne brûle point : « — Je t’aime aussi, Gavin MacKenzie, répondis-je en appuyant mes lèvres sur les siennes. »

Bon… A part pour Actes aléatoires de démence qui détonne dans le tas (et pour cause : c’est un roman qui détonne !), toutes ces phrases sont interchangeables (pour le Gavin MacKenzie de la dernière, on peut remplacer sans peine avec le prénom d’un autre héros). Et elles ne racontent pas non plus spécialement d’histoire. Elles « racontent » le genre du roman, c’est tout : elles disent « ceci est un happy end« , en gros, mais rien de plus. elles ne rendent pas curieux de lire ces romans. Et pourtant, je le redis, ce sont tous des romans que j’ai aimés et que j’ai d’ailleurs recommandés en tant que lectrice.

Et alors, en érotique, maintenant, ça donne quoi ?

  • Le manoir : – Tu es à moi, me souffla-t-il à l’oreille.– Seulement parce que c’est ce que je veux, lui répondis-je.Résultat de recherche d'images pour "Sex in the kitchen roman"
  • Sex in the kitchen : — Mais non, Boris l’en aura convaincu. Et souviens-toi de mon proverbe : “homme piteux, homme oublieux !”
  • Histoire d’O : Ce fut seulement le plein jour venu, tous les danseurs partis, que Sir Stephen et le Commandant réveillant Natalie qui dormait aux pieds d’O, firent lever O, l’amenèrent au milieu de la cour, lui défirent sa chaîne et son masque, et la renversant sur une table, la possédèrent tour à tour.
  • Emmanuelle : Elle colle ses lèvres au sexe éclos et souffle en lui le sperme dont sa bouche est pleine.
  • Le boucher : Je finis de déguster la fleur, et lui jetai la tige épineuse.

Parmi ceux-ci, un seul est aussi une romance : Le manoir, et il colle aux phrases de fin typiques du genre, avec ces phrases interchangeables qui pourraient être chacune celles d’un autre roman. Les autres phrases de fin sont plus variées, par contre : on retrouve soit le rappel d’un élément répété dans le roman (l’humour de ces proverbes, dans Sex in the kitchen), soit l’aspect provocant des érotiques plus anciens… Mais tous racontent une histoire.

Bref, je vois vraiment une différence dans la romance. Alors à quoi est-ce dû ? Une sensation d’obligation ? Que cette dernière phrase doit absolument porter ce sens de « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », parce qu’en gros c’est ça, mais dans une version détournée ? Que c’est un passage obligatoire ?

Je ne possède peut-être pas les bonnes références dans ce domaine pour voir des modèles sortant de ce schéma, aussi. J’aimerais trouver d’autres inspirations.

Et vous, qu’en pensez-vous ?
Et, si vous avez des citations de dernières phrases intéressantes en romance, je serais très curieuse de les lire, aussi.

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  1. Réflexion intéressante.
    Alors j’ai été vérifié, et sur mes trois nouvelles de romance publiées chez Láska, j’ai deux fins bien mièvres, et celle de Tentative d’Incubation d’Antéchrist, qui est un peu plus piquante, et pas interchangeable :
    « Et je me dis que comparé à ça, les explications que je devrais un jour fournir au Patron seront une partie de plaisir… »

    • Et c’est une jolie phrase de fin. 🙂
      J’aime bien. Ça permet de conclure sur une touche marrante sans passer par la phrase cliché de service.

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